Le silence des compétents n’est pas une fatalité
Il m’est arrivé, dans une salle pleine d’experts, d’être pris pour le technicien venu régler le vidéoprojecteur. J’étais l’invité. Ce malentendu m’a marqué au fer rouge — non par vanité blessée, mais par ce qu’il révélait : la compétence, quand elle reste muette, n’existe pas aux yeux du monde.
J’ai depuis donné un nom à ce phénomène : le silence des compétents. Ce sont ces ministres dont le nom ne remplit aucune mémoire collective. Ces dirigeantes dont l’histoire finit par être racontée par d’autres. Ces bâtisseurs dont le travail nourrit des institutions entières sans jamais porter leur signature.
On m’objecte parfois que la discrétion serait une vertu. Je réponds que l’effacement n’en est pas une lorsqu’il prive une société de ses repères. Une Afrique debout a besoin de voir clairement celles et ceux qui la portent.
Le talent à lui tout seul ne suffit pas. Les compétences que l’on ignore ne servent à rien.
Mon métier n’est pas de crier plus fort. Il est de révéler avec justesse : donner à une expertise la forme, le récit et la constance qui la rendent enfin lisible. C’est la différence entre faire du bruit et faire trace.
Le silence des compétents n’est pas une fatalité. C’est un problème de méthode — et la méthode, c’est précisément mon terrain.
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